LCI Mensuel – Ce qui a marqué août 2026

Le moteur de la consommation américaine repose sur une minorité aisée exposée aux marchés

La croissance américaine est devenue exceptionnellement tributaire des dépenses d'une minorité fortunée, dont la consommation suit les marchés financiers plutôt que les salaires. La consommation privée représente environ les deux tiers du PIB américain et, en 2026, le cinquième le plus riche des ménages en assure quelque 60 %, contre à peu près la moitié dans les années 1990, selon les calculs de Mark Zandi, chef économiste de Moody's Analytics. Les dépenses des ménages les plus aisés ont progressé de 13 % entre le début de 2023 et le milieu de 2026, très au-delà des catégories les plus modestes. Le moteur en est la détention d'actifs, non la rémunération : le quintile supérieur détient environ 90 % des actions cotées, en direct ou via des fonds, et le patrimoine des ménages atteignait en 2026 près de huit fois le revenu, contre moins de six fois au lendemain de la crise financière mondiale. Les stratèges de Nuveen et de Bank of America y voient une mutation structurelle qui rend la croissance américaine plus sensible aux soubresauts des marchés financiers. À l'autre extrémité de l'échelle, le taux d'épargne des ménages est tombé à un plus bas historique de 2,6 % du revenu disponible en 2026, et les impayés de plus de quatre-vingt-dix jours dans le segment deep subprime ont dépassé 13 %, du jamais-vu depuis la crise financière. Des travaux de la Federal Reserve Bank of Boston suggèrent qu'une hausse d'un point de pourcentage des taux des cartes de crédit ampute de près de 9 % les dépenses des ménages les plus modestes. La rigueur monétaire et la réforme fiscale de 2025 ont accentué cette fracture plutôt que de la réduire.

Source : Der US-Konsum birgt ein riesiges Klumpenrisiko, Finanz und Wirtschaft, 7 août 2026

Le recul de l'emploi américain affaiblit les arguments en faveur d'une hausse des taux

L'économie américaine a détruit 23 000 emplois en juillet 2026, selon les données du Bureau of Labor Statistics publiées le 7 août, alors que le consensus tablait sur quelque 80 000 créations. Les mois précédents ont été révisés en baisse d'environ 100 000 postes, ce qui porte à quatre le nombre de mois consécutifs de ralentissement des créations d'emplois, à trois mois des élections de mi-mandat de novembre 2026. Le spécialiste de la paie ADP dresse le même constat, avec seulement 44 000 créations en juillet, sa plus faible lecture depuis janvier 2026. L'hôtellerie-restauration, que l'on attendait portée par l'organisation de la Coupe du monde de football achevée le 19 juillet, a au contraire supprimé 40 000 postes en juillet, après 43 000 en juin. La santé, premier moteur de l'embauche américaine les mois précédents, n'a créé que 23 000 emplois, soit la moitié du rythme de juin, tandis que les gains de la construction et de l'industrie ont été effacés par un repli de 53 000 postes dans l'administration publique. Les créations nettes restent positives, avec une moyenne supérieure à 50 000 par mois entre janvier et juillet 2026, et le taux de chômage est revenu de 4,2 % en juin à 4,1 %, sous l'effet d'une contraction de la population active. Kevin Warsh, président de la Réserve fédérale, ayant suspendu la forward guidance, les marchés en sont réduits à lire les statistiques sans repère : après la publication du 7 août, les contrats à terme sur taux d'intérêt assignaient moins de 50 % de probabilité à un passage vers une fourchette de 3,75 % à 4 % lors de la réunion de septembre de la Réserve fédérale. Les actions américaines ont salué la nouvelle.

Source : Heimvorteil am US-Arbeitsmarkt sieht anders aus, Finanz und Wirtschaft, 7 août 2026

La Fed de Kevin Warsh se rapproche d'une hausse de taux, l'inflation restant au-dessus de la cible

Les prix à la consommation américains ont progressé en juillet 2026 largement conformément aux prévisions, rare moment de prévisibilité après des années de surprises inflationnistes. L'inflation totale s'est maintenue au-dessus de 3 %, tirée vers le bas par la modération des services et de l'énergie, tandis que tous les indicateurs d'inflation sous-jacente suivis de près — moyenne tronquée, médiane, indice des prix rigides et la mesure supercore privilégiée par la Réserve fédérale, qui isole les services hors logement — ont reflué. Tous demeurent pourtant supérieurs à 2,5 %, niveau où ils campent depuis la pandémie, en rupture nette avec les lectures inférieures à la cible de la décennie d'avant-Covid. Le marché du travail étant jugé au plein emploi, les économistes n'ont vu aucun argument en faveur de baisses de taux. Kevin Warsh, nouveau président de la Réserve fédérale et attaché à l'objectif de 2 %, subit une pression croissante pour agir, même si la bonne tenue des chiffres de juillet pourrait lui permettre de temporiser lors de la réunion de septembre de la Réserve fédérale, avant une hausse unique largement anticipée plus tard en 2026. Une curiosité ressort : après une génération de baisse continue des prix de la technologie, les prix des logiciels ont cessé de reculer, ce qui complique l'exercice de prévision de l'inflation.

Source : Chronicle of a Hike Foretold, John Authers, Bloomberg, 13 août 2026

Le débat suisse sur les fonds propres d'UBS se joue sur une obligation qui ne se convertit presque jamais

Le débat parlementaire suisse sur le durcissement des exigences de fonds propres imposées à UBS se cristallise sur une question : les obligations Additional Tier 1 peuvent-elles se substituer à de véritables fonds propres ? Corinne Zellweger-Gutknecht, professeure de droit privé et commercial à l'Université de Bâle et experte auprès de la commission d'enquête parlementaire sur la chute de Credit Suisse, répond par la négative. Son objection est mécanique : les instruments AT1 ne se convertissent que si la banque est déclarée non viable ou si les fonds propres de base tombent sous 7 %, alors qu'en août 2026 l'exigence going concern applicable à UBS s'établit à 10,63 % et que la banque affiche 14,4 %. Le seuil de déclenchement ne serait, en pratique, jamais atteint. Elle met en garde par ailleurs contre la structure de la maison mère d'UBS, qui concentre dans une seule entité juridique les filiales étrangères, l'essentiel de la banque d'investissement, la trésorerie du groupe et une vaste clientèle étrangère, soit le montage même qui avait rendu Credit Suisse impossible à liquider. Les participations étrangères n'étant adossées à des fonds propres qu'à hauteur de 45 %, chaque dollar déprécié à ce niveau érode le capital destiné à couvrir d'autres risques et rend rapidement toute vente de sauvetage irréalisable. Face à la proposition d'un groupe de conseillers aux États de financer la moitié de ces participations par des AT1, elle a soumis, avec son collègue bâlois Yvan Lengwiler, une solution graduée : suspension des coupons, dividendes et bonus dès le franchissement du seuil going concern, puis, six mois plus tard, conversion en actions et augmentation de capital obligatoire. Elle plafonnerait les AT1 à 20 % et s'attend à une issue à 80/20, ou à un référendum populaire.

Le point de vue de La Côte Invest : l'issue de ce débat façonnera le profil de crédit et le profil actions de la seule banque d'envergure mondiale qui reste à la Suisse, et les détenteurs de papier AT1 suisse doivent partir du principe que les conditions dans lesquelles ces instruments absorbent les pertes demeurent une question juridique et politique ouverte.

Source : Führende Bankenprofessorin warnt das Parlament vor Verwässerung der UBS-Vorlage, Neue Zürcher Zeitung, 15 août 2026

Les marchés obligataires replacent la politique budgétaire au cœur de la formation des prix mondiaux

Les coûts d'emprunt souverains à longue échéance ont atteint le 18 août 2026, dans l'ensemble du monde développé, leurs plus hauts niveaux depuis plusieurs décennies, les investisseurs exigeant une compensation accrue pour la dégradation budgétaire et l'incertitude inflationniste. Le rendement des emprunts du Trésor américain à trente ans a touché ce jour-là son plus haut depuis 2007, le pétrole repassant au-dessus de 90 dollars le baril et les perspectives d'un règlement entre Washington et Téhéran s'éloignant, avant de refluer en fin de séance. Le dix ans américain évoluait à cette date autour de 4,71 %, le seuil de 5 % étant largement perçu comme celui qui déclencherait une réaction des autorités. Le Bund allemand à dix ans a atteint son plus haut depuis 2011, le rendement français son plus haut depuis 2008, et le trente ans britannique s'est approché des sommets de mai 2026, eux-mêmes les plus élevés depuis 1998. Au Japon, le dix ans a inscrit un plus haut de trois décennies, les marchés anticipant un geste de la Banque du Japon dès septembre 2026, tandis que le trente ans dépassait légèrement 4 %, un niveau qui rapatrie les capitaux japonais et prive la dette américaine d'une source de demande traditionnelle. La Federal Reserve Bank of New York situe la prime de terme à dix ans près de 80 points de base, au voisinage d'un plus haut de douze ans. Les analystes attribuent ce mouvement à des trajectoires d'endettement insoutenables, la dette fédérale américaine approchant 40 000 milliards de dollars, au recours massif à l'emprunt des groupes technologiques pour financer leurs infrastructures d'intelligence artificielle, ainsi qu'à la moindre lisibilité de la Réserve fédérale sous la conduite de Kevin Warsh. Les marchés actions ont reculé de concert.

Source : Global bond markets put governments on notice over fiscal, inflation risks, Reuters, 18 août 2026

La dette fédérale américaine franchit les 40 000 milliards de dollars, et le marché commence à la facturer

La dette fédérale américaine a franchi les 40 000 milliards de dollars dans la semaine au 20 août 2026, et les marchés financiers ont commencé à en prendre acte. Les rendements des emprunts d'État américains à longue échéance sont montés en août 2026 à leurs plus hauts niveaux depuis 2007, les investisseurs réclamant une prime de risque plus élevée face aux doutes sur la soutenabilité des finances publiques américaines. Rapportée à la production, la dégradation est manifeste : la dette fédérale représentait moins de la moitié du PIB jusqu'en 1990 et dépassait 120 % en 2026, sa progression s'étant accélérée après la crise financière mondiale puis après la pandémie. Le déficit fédéral de 2025 a atteint 1 800 milliards de dollars, soit 5,9 % du PIB, plusieurs fois le seuil que l'Union européenne juge acceptable hors période de crise. Le Congressional Budget Office anticipe une trajectoire encore plus défavorable, invoquant le vieillissement de la population, des perspectives de croissance affaiblies et la réforme fiscale adoptée en 2025. La charge d'intérêts constitue la contrainte déterminante : le service de la dette absorbe environ 13 % des dépenses fédérales, davantage que le budget de la défense, et équivaut à quelque 3 % du PIB, après une forte hausse depuis que la Réserve fédérale a mis fin à l'ère des taux bas en 2022. Le Trésor américain refinançant sa dette arrivant à échéance de manière quasi continue, au rythme d'adjudications presque quotidiennes, la hausse des taux de marché se transmet rapidement. Ce qui fait tenir l'édifice, c'est la demande : le marché des emprunts du Trésor reste le plus profond du monde et, en 2026, le dollar représente plus de 57 % des réserves de change mondiales, contre 20 % pour l'euro, et intervient dans 88 % des transactions de change.

Source : Amerikas Schuldenberg hat die Marke von 40 Billionen Dollar überschritten, Neue Zürcher Zeitung, 20 août 2026

Le Canada affronte Washington là où la Suisse a négocié sa sortie de crise

Les négociations commerciales entre les États-Unis et le Canada ont échoué fin août 2026, et des droits de douane américains de 50 % frappant toute une série de produits canadiens sont entrés en vigueur le week-end des 22 et 23 août. Les exportations concernées, parmi lesquelles les meubles, le vin et les équipements de hockey sur glace, représentent quelque 20 milliards de dollars. Le premier ministre Mark Carney a riposté par des mesures de rétorsion prévues pour le 8 septembre 2026, visant les produits laitiers, l'acier, les machines agricoles et le papier américains, et a qualifié la décision de Washington d'acte d'agression dans une guerre commerciale. Les droits devaient initialement entrer en vigueur le 19 août, avant un bref report, et le président Trump avait laissé entendre le 18 août qu'un accord était proche. Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a imputé l'échec à des exigences canadiennes de dernière minute sur les droits frappant les poids lourds ; Ottawa conteste cette version. Le choix de Mark Carney de quitter la table est peu commun parmi les alliés de Washington et bénéficie d'un large soutien intérieur, après des années de frictions et des suggestions répétées de Washington invitant le Canada à devenir un État américain. Le contraste avec la Suisse est saisissant. Confrontée à un droit de 31 % annoncé en avril 2025 puis porté à 39 % en août 2025, Berne a renoncé à toute rétorsion, privilégié la négociation et assorti ses concessions tarifaires et ses contingents agricoles en franchise de droits de promesses d'investissement du secteur privé de 200 milliards de dollars aux États-Unis d'ici à 2028, une approche critiquée dans le pays mais qui a permis d'obtenir assez rapidement des droits allégés. L'intégration bien plus étroite du Canada à l'économie américaine renchérit considérablement le coût de l'affrontement.

Source : Es ist ein Angriff in einem Handelskrieg – Kanadas Premierminister Carney trotzt US-Präsident Trump, Neue Zürcher Zeitung, 23 août 2026

Stanley Druckenmiller rompt avec Scott Bessent sur la tentative de Washington de plafonner les taux longs

Stanley Druckenmiller, gérant de hedge fund chevronné qui a formé aussi bien le secrétaire au Trésor Scott Bessent que le président de la Réserve fédérale Kevin Warsh, a publiquement rompu avec son ancien protégé dans une tribune publiée en août 2026 par le Wall Street Journal. Scott Bessent avait annoncé une forte accélération des rachats de dette publique américaine à longue échéance, financés par des émissions accrues sur la partie courte de la courbe, afin d'enrayer la hausse des coûts d'emprunt : le trente ans est brièvement passé au-dessus de 5,3 % en août 2026, son plus haut depuis 2007, tandis que le dix ans remontait à 4,7 %. Stanley Druckenmiller a objecté que les États qui tentent de défendre un niveau de prix à l'encontre des fondamentaux finissent toujours par échouer, une leçon qu'il avait tirée avec profit aux côtés de George Soros lorsque la Banque d'Angleterre a abandonné son ancrage de change en 1992, un jeune Bessent l'assistant alors. Avec une inflation de 3 à 4 %, un déficit fédéral supérieur à 6 % du PIB et une charge d'intérêts annuelle dépassant mille milliards de dollars, il estime que les rendements actuels n'ont rien d'excessif et que chaque point de base de rendement artificiellement comprimé subventionne un nouveau report de l'ajustement budgétaire. Le différend est aiguisé par la position de la Fed elle-même : Kevin Warsh a signifié aux marchés en juin 2026 que le pilotage des taux longs n'était pas la mission première de la banque centrale, et a cessé de publier une trajectoire de taux. Le dollar s'est affaibli après l'annonce des rachats et l'or a progressé. Les décennies de répression des rendements au Japon, et la division par deux du yen face au dollar depuis 2011, font office d'avertissement.

Le point de vue de La Côte Invest : lorsque autorités budgétaires et banque centrale envoient des signaux contradictoires, l'ajustement se manifeste généralement dans la devise plutôt que dans l'obligation, et les portefeuilles ancrés sur une seule monnaie de réserve doivent intégrer explicitement ce canal.

Source : In den USA eskaliert der Konflikt zwischen dem Finanzminister und dem Notenbankchef, Neue Zürcher Zeitung, 26 août 2026

Washington s'assure du brut vénézuélien, mais les barils tarderont à venir

Les États-Unis et le Venezuela ont conclu un accord pétrolier de grande ampleur, annoncé le 29 août 2026, qui ouvre aux intérêts américains l'accès à plus de 65 milliards de barils de réserves prouvées, soit environ un cinquième des gisements estimés du pays. Le président Trump l'a présenté comme la plus importante transaction pétrolière jamais conclue et a promis aux automobilistes américains un carburant nettement moins cher. Peu de détails ont été rendus publics : le partenariat associe des sociétés privées non identifiées, et des informations non confirmées évoquent une concession courant sur un siècle. Les contrats fixant les droits d'exploration et de production devaient être signés dans les jours suivants.

L'accord fait suite à l'intervention militaire américaine du début de 2026, qui a écarté puis fait arrêter Nicolás Maduro. La présidente par intérim Delcy Rodríguez s'en est félicitée, évoquant 17 gisements à développer et des recettes fiscales projetées de 209 milliards de dollars ; le secrétaire d'État Marco Rubio a fait état de près de 100 milliards de dollars d'investissements privés et de milliers d'emplois. Le scepticisme reste de mise. Les 303 milliards de barils vénézuéliens sont pour l'essentiel du brut lourd, exigeant des techniques d'extraction et de raffinage spécialisées, les raffineries américaines tournent déjà près de leur capacité maximale et la base constitutionnelle de telles concessions n'a jamais été éprouvée. Aucune entreprise américaine ne s'est engagée dans un investissement majeur depuis l'arrestation de Maduro, et l'opposition vénézuélienne assimile l'accord à une expropriation. La motivation la plus immédiate de Washington est la reconstitution des réserves stratégiques de pétrole, tombées fin août 2026 à leur plus bas niveau depuis quarante-quatre ans.

Source : Venezuela verfügt über die grössten Ölreserven der Welt. Nun sichern sich die USA einen grossen Teil davon, NZZ, 29 août 2026

Nvidia franchit une nouvelle fois la barre, portée par l'accélération des investissements dans l'IA

Les résultats du deuxième trimestre de Nvidia, publiés après la clôture du marché américain le 26 août 2026, ont dépassé le consensus des analystes, et le groupe a relevé ses prévisions pour le trimestre suivant. Le chiffre d'affaires des centres de données a atteint 89 milliards de dollars, plus du double du niveau d'un an plus tôt, et la direction table sur environ 108 milliards de dollars de revenus pour le groupe au troisième trimestre. La réaction initiale du marché a été mesurée, le titre cédant du terrain puis fluctuant durant les quarante premières minutes des échanges hors séance, avant de virer au vert pendant la conférence téléphonique, lorsque le directeur général Jensen Huang a fait état d'une croissance attendue de 70 % du chiffre d'affaires pour l'exercice 2028. L'action a terminé la séance prolongée en hausse d'environ 4 %, sur un volume supérieur à 50 millions de titres. Le chiffre le plus significatif reste l'ampleur des dépenses sous-jacentes : les grands groupes technologiques sont en passe d'engager plus de 730 milliards de dollars dans les infrastructures d'intelligence artificielle en 2026, contre environ 400 milliards en 2025. Le parcours boursier de Nvidia est resté en retrait de cette thématique, avec une progression de plus de 12 % entre janvier et fin août 2026, quand l'indice Philadelphia SE Semiconductor gagnait plus de 60 % sur la même période. L'inquiétude des investisseurs porte sur les montages de financement circulaire, dans lesquels les fournisseurs d'équipements d'intelligence artificielle financent également leurs clients, une structure qui, selon les sceptiques, peut flatter la demande. Nvidia a fait état d'une exposition brute maximale de 3,5 milliards de dollars au titre de ses garanties portant sur les terrains, l'électricité et le gros œuvre des bâtiments, un montant modeste au regard de son chiffre d'affaires trimestriel.

Le point de vue de La Côte Invest : la solidité du thème de l'intelligence artificielle tient moins à la demande de puces qu'à la manière dont cette demande est financée, et les investisseurs ont raison de regarder au-delà des publications supérieures aux attentes pour examiner les liens de bilan entre fournisseurs et acheteurs.

Source : Nvidia stock jumps after early dip following results; AI fever is unabated, Reuters, 26 août 2026

Le statisticien discret chargé de restaurer la confiance dans les chiffres de l'économie américaine

Le Sénat américain a confirmé début août 2026 la nomination de Brett Matsumoto pour un mandat de quatre ans à la tête du Bureau of Labor Statistics. Les publications de l'agence sur l'emploi, les salaires et l'inflation alimentent directement les décisions de la Réserve fédérale et font bouger les marchés actions, obligataires et de changes du monde entier ; elle n'en est pas moins devenue l'une des institutions les plus exposées politiquement de Washington. Sa prédécesseure, Erika McEntarfer, avait été limogée par le président Trump à la suite d'un rapport décevant sur l'emploi, sur fond d'accusations non étayées de manipulation des chiffres, un geste qui a entamé la confiance dans l'indépendance de la statistique publique.

Brett Matsumoto est un technicien de carrière, non un nommé politique. Docteur en économie de l'Université de Caroline du Nord à Chapel Hill en 2015, il a rejoint la même année la division de recherche sur les prix et les indices de l'agence, où il a travaillé sur les indices de prix hospitaliers et sur la manière dont les coûts de l'assurance maladie sont pris en compte dans l'indice des prix à la consommation. Une précédente candidature, celle d'un économiste de la Heritage Foundation, s'était heurtée à des réticences dans les deux camps. Lors de son audition au Sénat, Brett Matsumoto a insisté sur le fait que les décisions doivent suivre les faits et non la politique. Au-delà de l'enjeu de crédibilité, il hérite d'un recul des taux de réponse aux enquêtes, de réductions d'effectifs, de postes d'encadrement vacants et de méthodes de collecte vieillissantes ; il plaide pour un recours accru à des sources externes, telles que les données de paie et les registres de l'assurance chômage.

Source : Der Mann mit dem gefährlichen Zahlenjob, Finanz und Wirtschaft, 28 août 2026

Kevin Warsh hausse le ton face à l'inflation, mais la Fed attend toujours pour agir

Kevin Warsh, président de la Réserve fédérale, a déclaré le 28 août 2026 au symposium de Jackson Hole que la priorité de la banque centrale devait être la stabilité des prix plutôt que l'activité économique, imputant sans détour à la Fed elle-même la responsabilité de 65 mois d'inflation supérieure à la cible. Aucun indicateur d'inflation n'est parfait, a-t-il fait valoir, mais tous pointent dans la même direction : la mesure privilégiée de la Fed, l'indice des prix des dépenses de consommation des ménages, s'établissait à 3,7 % sur un an dans la publication de juillet 2026, bien au-dessus de l'objectif de 2 %.

Le discours a pour l'heure devancé les actes. Kevin Warsh a renoncé à relever les taux lors de la précédente réunion de politique monétaire, alors même que trois des douze membres du comité s'y étaient déclarés favorables. Les marchés n'en ont pas moins vu dans son intervention une déclaration d'intention : ING en a jugé la tonalité restrictive et les produits dérivés assignaient une probabilité d'environ 50 % à une hausse des taux lors de la réunion du 16 septembre 2026, tandis que le rendement du deux ans américain gagnait 0,09 point de pourcentage, à 4,32 %. Frederik Ducrozet, de Pictet, estime que le seuil déclenchant une hausse s'est abaissé, une surprise inflationniste même modeste suffisant désormais à faire pencher la balance. Kevin Warsh a par ailleurs réaffirmé son intention de mettre fin à la forward guidance, qu'il tient pour un héritage de la crise de 2008-2009 et qui risque, selon lui, d'enfermer marchés et responsables de la politique monétaire dans un jeu de miroirs.

Source : Der Fed-Chef Kevin Warsh gibt einmal mehr den Kämpfer gegen die Inflation, doch Zweifel an seiner Entschlossenheit bleiben, NZZ, 28 août 2026

En Ukraine, la guerre d'usure s'aggrave, la diplomatie s'enlise et les raffineries russes brûlent

La guerre en Ukraine s'est installée dans l'usure tout au long du mois d'août 2026. Les forces russes ont frappé les villes ukrainiennes à grande échelle, avec près de 2 000 drones, 1 600 bombes planantes et 31 missiles lancés sur la seule dernière semaine du mois ; une attaque contre un dépôt de munitions près de Kiev a fait au moins 37 morts. L'Ukraine a répliqué par des frappes en profondeur sur le territoire russe, touchant les raffineries de Kirishi et de Perm ainsi que plusieurs bases aériennes, et Moscou a prolongé jusqu'au 30 septembre 2026 son interdiction d'exporter du diesel.

Le volet diplomatique n'a enregistré aucun progrès. Le président Zelensky a indiqué qu'un cadre commun américano-européen existait, articulé autour d'un cessez-le-feu, d'une zone économique franche et d'un retrait des troupes, mais une visite à Moscou de Steve Witkoff et Jared Kushner a été reportée et le vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Riabkov s'est borné à proposer d'écouter les propositions compatibles avec les objectifs russes actuels. L'attention américaine est restée focalisée sur l'Iran. Volodymyr Zelensky a averti que la Russie pourrait mobiliser 300 000 hommes supplémentaires une fois passées les élections à la Douma de septembre 2026.

Le point de vue de La Côte Invest : les dommages répétés infligés à la capacité de raffinage russe, conjugués aux restrictions à l'exportation, font des marges sur produits raffinés, plutôt que du prix du brut, l'exposition la plus sensible pour les portefeuilles. Tant que le canal diplomatique reste bloqué, les valeurs européennes de l'énergie et de la défense resteront indexées sur le rythme de l'usure plutôt que sur une quelconque issue négociée.

Source : Russia–Ukraine War – Update, note interne de La Côte Invest, 31 août 2026

Dans le conflit américano-iranien, les sanctions remplacent les frappes, mais Ormuz reste otage

Le mois d'août 2026 s'est ouvert sur une suspension des frappes aériennes ordonnée par Washington à la demande de ses alliés du Golfe, et respectée durant l'essentiel du mois. Les États-Unis ont reporté leur pression sur le terrain économique : le 24 août 2026, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a dévoilé l'opération Economic Outcast, un train de sanctions secondaires visant les actifs numériques, le négoce d'or, l'aviation, la technologie et le transport maritime iraniens. Les analystes ont peu goûté ces mesures, les jugeant largement symboliques tant que les banques chinoises qui traitent les flux iraniens demeurent épargnées.

Le transport maritime a bénéficié d'un répit partiel lorsque Oman a négocié, le 26 août 2026, un corridor de transit temporaire dans le détroit d'Ormuz, sans que Téhéran consente pour autant à considérer la voie d'eau comme rouverte tant que le blocus naval et les sanctions pétrolières restent en vigueur. La trêve militaire n'a pas tenu jusqu'à la fin du mois : le 30 août 2026, les forces américaines ont frappé des rampes de lancement des Gardiens de la révolution sur l'île de Larak, et l'Iran a riposté contre des bases aériennes américaines en Jordanie. Six mois après le début du conflit, aucun règlement négocié n'est en vue.

Source : US–Iran War – Update, note interne de La Côte Invest, 31 août 2026

Le point de vue de La Côte Invest — août 2026

Trois courants ont traversé août 2026, et ce sont pour l'essentiel les facettes d'un même mouvement. Les marchés obligataires souverains ont cessé de valoriser la dette publique à partir du taux directeur pour la valoriser à partir de la crédibilité budgétaire : la dette fédérale américaine a franchi les 40 000 milliards de dollars, les rendements à trente ans ont retrouvé des niveaux inédits depuis 2007, et la même revalorisation s'est observée en Allemagne, en France, au Royaume-Uni et au Japon.

La suite est moins bien comprise. Un État ne peut pas contenir simultanément ses rendements obligataires, sa devise et son inflation. Les investisseurs inquiets des finances publiques expriment cette inquiétude par l'un de ces trois canaux ; si l'un se ferme, la pression se reporte sur un autre. Le Trésor américain rachète de la dette longue précisément pour empêcher les rendements de monter, tandis que la Réserve fédérale s'est retirée de la partie longue de la courbe. Reste la devise comme canal ouvert — d'où l'affaiblissement du dollar et la hausse de l'or à l'annonce du programme de rachats. Le Japon en offre la version longue : les rendements ont été maintenus bas pendant des années, et c'est le yen qui a perdu près de la moitié de sa valeur.

Pour les portefeuilles, la conséquence est concrète. La duration ne peut plus être présumée couvrir le risque actions, puisque les deux réagissent au même signal budgétaire. Un investisseur en francs ou en euros peut avoir parfaitement raison sur la direction des taux américains tout en perdant de l'argent, le risque ayant migré vers le change. Et dès lors que la consommation américaine se concentre sur une minorité exposée aux marchés, une correction boursière cesse d'être contenue dans le portefeuille : elle devient un choc de croissance. Ces expositions gagnent à être dimensionnées comme une seule position, et non comme trois.

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