LCI Mensuel – Ce qui a marqué octobre 2026

Actions record, taux obligataires au niveau de 2002 : quel marché a raison ?

Les marchés actions et obligataires ont envoyé des signaux contradictoires début octobre 2026. Le Nasdaq 100 et le S&P 500 ont clôturé à des records le 6 octobre, portés par Nvidia et Microsoft, tandis que le Dow Jones, le SMI et le DAX évoluaient près de leurs sommets. Dans le même temps, le rendement du Treasury américain à 10 ans s'établissait à 5,3 %, son plus haut niveau depuis 2002, et les taux français à 10 ans étaient eux aussi revenus à leurs niveaux de 2002.

L'économiste Ed Yardeni attribue la hausse des taux à un taux neutre plus élevé, au choc sur les prix de l'énergie, au dénouement des positions de portage dollar–yen et aux craintes d'une crise de la dette, sans qu'il soit possible d'isoler le poids de chaque facteur. Les fortes hausses de taux ont souvent précédé des replis boursiers. En 1987 et en 1999, les rendements obligataires ont grimpé vers 10 % et 7 % respectivement tandis que le rendement bénéficiaire des actions se contractait, ouvrant la voie au krach d'octobre 1987 et à l'éclatement de la bulle technologique en 2000. En 1994, en revanche, une solide croissance des bénéfices a permis aux actions d'évoluer latéralement malgré un bond des taux américains d'environ 6 % à 8 %. Tom Stevenson, de Fidelity, voit un danger lorsque les taux montent plus vite que ce que les bénéfices peuvent justifier, ou commencent à rogner les marges via des coûts de financement plus élevés, un seuil qui n'était pas encore franchi début octobre. Selon une enquête de la Deutsche Bank, la plupart des investisseurs s'attendaient à une poursuite de la hausse des taux américains, et plus d'un cinquième voyaient le 10 ans au-delà de 6 % d'ici douze mois.

Source : Machtkampf an den Finanzmärkten – Die steigenden Anleiherenditen könnten die Aktienkurse bald in die Knie zwingen, NZZ, 7 octobre 2026

La flambée de l'essence porte l'inflation américaine à 3,7 % et relance le débat sur une hausse de la Fed

Les prix à la consommation américains ont progressé de 0,6 % en septembre 2026, portant l'inflation annuelle à 3,7 %, contre 3,4 % en août, selon les données publiées le 14 octobre. Un bond de 9,1 % de l'essence, lié à la guerre américano-israélienne contre l'Iran, a expliqué plus de la moitié de la hausse mensuelle, et le diesel et les autres carburants dépassaient de près de 61 % leur niveau d'un an plus tôt. L'inflation sous-jacente a progressé de 0,3 %, au-dessus du consensus de 0,2 %, portant le taux sous-jacent annuel à 2,6 % ; le logement, les billets d'avion, les véhicules d'occasion et le matériel informatique, ce dernier reflétant les investissements dans l'IA, y ont tous contribué, tandis que la hausse des prix des jouets signalait une répercussion résiduelle des droits de douane.

Le salaire horaire moyen était inférieur de 0,7 % à son niveau d'un an plus tôt, accentuant la pression sur les ménages modestes dans ce que les économistes décrivent comme une économie en K, trois semaines avant les élections de mi-mandat du 3 novembre. Les prestations de la Sécurité sociale augmenteront de 3,6 % en 2027. Le 14 octobre, les actions américaines ont reculé tandis que les rendements des Treasuries et le dollar progressaient. Après la publication, l'outil CME FedWatch situait la probabilité d'une hausse lors de la réunion de la Fed des 27 et 28 octobre à environ 37 %, contre 22 % auparavant, après le relèvement de 25 points de base à 3,75 %–4,00 % en septembre 2026. La plupart des économistes anticipaient néanmoins une pause en octobre et une nouvelle hausse en décembre.

Source : US inflation heats up in September; Fed rate hike this month back on table, Reuters, 14 octobre 2026

Le sommet de l'UE bute sur les prix de l'énergie, le commerce avec la Chine et le budget

Le sommet européen du 15 octobre 2026 s'est achevé sans décision sur ses trois grands dossiers économiques : le coût de l'énergie, le budget 2028–2034 et le déficit commercial avec la Chine. Les prix du gaz avaient augmenté d'environ 180 % et ceux du diesel avaient doublé depuis le déclenchement de la guerre en Iran au printemps 2026, mais la Commission manque d'instruments pour agir et résiste aux appels en faveur d'une taxe sur les superprofits des énergéticiens. Plusieurs gouvernements réduisent les taxes sur l'énergie au prix d'un lourd coût budgétaire, au moment même où le coût de l'emprunt a grimpé ; la Grèce et l'Italie militent pour un assouplissement des règles budgétaires européennes, tandis que la Commission a appelé les États membres à surveiller leurs coûts de financement sur les marchés obligataires. Les pays d'Europe de l'Est n'ont pas obtenu de modification du système d'échange de quotas d'émission, que défendent la Commission, l'Allemagne et les pays nordiques.

Les négociations budgétaires restent dans l'impasse. Le chancelier Friedrich Merz et environ six autres gouvernements souhaitent un budget plus modeste, tandis que la France, lourdement endettée, réclame davantage de dépenses. Quelque 30 % des fonds européens vont encore à l'agriculture, ce qui laisse peu de marge pour la défense ou la technologie. Sur la Chine, Pékin a proposé début octobre de plafonner ses exportations de véhicules hybrides et hybrides rechargeables vers l'Europe à 350 000 unités en 2027, contre près de 800 000 attendues en 2026, mais les véhicules et pièces détachées ne représentent que 5 % des exportations chinoises vers l'UE. Un sommet extraordinaire consacré au budget est attendu fin novembre 2026.

Source : Blockade statt Stärke – Der EU-Gipfel zeigt, wie gespalten die Europäer bei wichtigen Fragen sind, NZZ, 15 octobre 2026

La croissance indienne face au pétrole cher, à la hausse des taux et aux sorties de capitaux étrangers

L'économie indienne a progressé de 7,8 % au trimestre avril–juin 2026, l'un des rythmes les plus rapides au monde, mais sa bourse a subi une pression persistante en 2026. La forte dépendance aux importations de pétrole et de gaz, rares et coûteux depuis la guerre en Iran, a renchéri les coûts de transport et de production et pesé sur le budget des ménages, tandis que la roupie ne s'est que légèrement redressée de son plus bas historique face au dollar. Les investisseurs en marchés émergents se sont tournés vers la Corée du Sud et Taïwan et leurs chaînes d'approvisionnement liées à l'IA, et les investisseurs étrangers ont retiré plus de 3 000 milliards de roupies (environ 26 milliards de francs) des actions indiennes entre janvier et la mi-octobre. Début octobre 2026, la Reserve Bank of India a relevé son taux directeur pour la première fois en près de quatre ans, de 5,25 % à 5,5 %, les marchés anticipant de nouvelles hausses.

En conséquence, la valorisation du Nifty 50 est passée sous sa moyenne de long terme. Indosuez avertit qu'un pétrole durablement au-dessus de 100 dollars le baril pourrait amputer les bénéfices des entreprises de 10 à 15 % par rapport au consensus, tandis que l'objectif de Morgan Stanley pour le Sensex impliquait une hausse de plus de 24 % d'ici mi-2027, la banque jugeant le repli conjoncturel. Les épargnants domestiques demeurent le principal soutien : les versements mensuels via les plans d'investissement programmés ont atteint un record en septembre 2026, et plus de 30 sociétés ont été introduites en bourse ce mois-là, à commencer par le National Stock Exchange lui-même. Le secteur de l'externalisation informatique subit une pression structurelle liée à l'automatisation par l'IA, tandis que les infrastructures numériques, la défense, l'électronique, le développement des réseaux électriques et la réindustrialisation « China+1 » offrent des perspectives plus solides.

Source : Indiens Wachstumsversprechen wird auf die Probe gestellt, Finanz und Wirtschaft (FuW), 16 octobre 2026

Dette, blocage politique et violences urbaines : la prime de risque française dépasse celle de l'Italie

La France est devenue en octobre 2026 la principale source d'inquiétude du marché obligataire de la zone euro, les tensions budgétaires puis de violentes émeutes ayant entamé la confiance. Le premier déclencheur a été un projet, rapporté le 13 octobre, d'émettre un volume record d'obligations en 2027. Le 20 octobre, alors même que les couvre-feux à Paris, Lyon et dans d'autres villes avaient calmé les émeutes, le rendement de l'OAT à 10 ans approchait 5 %, son plus haut niveau depuis 2002. L'écart avec le Bund allemand s'est creusé, passant d'environ 1,4 point de pourcentage à la mi-octobre à plus de 1,5 point, son niveau le plus élevé depuis la crise de la dette de la zone euro, au-dessus de l'Italie (environ 1,2) et de la Grèce (environ 1,0). Au cours des semaines précédant le 20 octobre, l'euro a perdu plus de 4 % face au dollar et plus de 3 % face au franc suisse.

La dette publique a atteint le record de 3 600 milliards d'euros, près de 120 % du PIB contre 98 % en 2019, et ING prévoit 122 % en 2027. Le déficit dépasse 5 % depuis quatre années consécutives, la France n'a plus dégagé d'excédent budgétaire depuis 1974 et, contrairement à l'Italie, elle affiche des déficits primaires ; selon UBS, 54 % de sa dette est détenue par des non-résidents. Contenir le déficit 2027 à 5 % exigerait quelque 43 milliards d'euros d'économies, or le gouvernement minoritaire du Premier ministre Sébastien Lecornu ne dispose pas de majorité, l'opposition n'a guère intérêt à soutenir des coupes avant l'élection présidentielle d'avril 2027, et des motions de censure ont déjà renversé deux gouvernements depuis 2024. DWS juge la contagion limitée, l'Italie, l'Espagne et le Portugal affichant des excédents courants. Un filet de sécurité de la BCE est largement anticipé, mais il exigerait sans doute des écarts bien plus larges et un assainissement crédible, et une inflation de 3,8 % dans la zone euro en octobre 2026 complique les achats d'obligations.

Le point de vue de La Côte Invest : le défi de la France se déplace de l'arithmétique budgétaire vers la gouvernabilité politique ; tant qu'aucune trajectoire budgétaire crédible ne se dessine, une préférence pour les émetteurs suisses et du cœur de la zone euro ainsi qu'une prudence sur l'exposition à l'euro dans les portefeuilles en francs restent de mise.

Source : Frankreich wird zum wirtschaftlichen und politischen Krisenherd: Droht anderen Ländern der Euro-Zone eine Ansteckung?, NZZ, 13 octobre 2026; Strassenschlachten und rekordhohe Schulden: Die Märkte verlieren das Vertrauen in Frankreich, NZZ, 20 octobre 2026

L'Indonésie s'efforce de regagner la confiance des investisseurs face à la menace de déclassement de MSCI

La proposition de MSCI, le 16 octobre 2026, de rétrograder l'Indonésie du statut de marché émergent à celui de marché « standalone », un cran sous les marchés frontières, a provoqué la plus forte vague de ventes à Jakarta depuis près de trois décennies. Le Jakarta Composite Index a chuté de 11,6 % le 16 octobre, sa pire séance depuis janvier 1998, et de 14,8 % sur les séances des 16 et 19 octobre, effaçant un record de 82 milliards de dollars de capitalisation et touchant un plus bas de six ans. Au 20 octobre, l'indice cédait environ 40 % sur l'année 2026, la plus mauvaise performance des grands marchés mondiaux. MSCI a pointé une opacité persistante de l'actionnariat et des échanges coordonnés ; il consultera les investisseurs jusqu'en avril 2027 et procédera au reclassement vers la mi-2027, sauf amélioration nette de la gouvernance.

Les autorités ont réagi rapidement. Le régulateur OJK a infligé des amendes à des parties liées à des manipulations présumées dans trois sociétés cotées, la bourse a réduit de moitié la baisse journalière maximale autorisée, de 15 % à 7 %, et, après des discussions avec MSCI le 19 octobre, elle a décidé de retirer de l'indice composite les titres à l'actionnariat très concentré, soit environ 18 % de la pondération de l'indice. L'indice a rebondi de 5,3 % le 20 octobre. Les estimations des ventes forcées des fonds passifs vont de 4 milliards de dollars (UBS) à 5,6 milliards (Goldman Sachs), UBS anticipant jusqu'à 15 milliards supplémentaires de la part des fonds actifs ; les étrangers avaient déjà retiré près de 5 milliards de dollars en 2026. La roupie s'échangeait autour de 17 980 pour un dollar le 20 octobre, en baisse de 7 % sur 2026 et proche de son plus bas historique de juin, avant la décision de taux de Bank Indonesia du 21 octobre. Fitch, qui avait abaissé la perspective à négative en mars, a souligné la hausse des coûts d'emprunt et l'amenuisement des réserves extérieures.

Le point de vue de La Côte Invest : des changements de règles et un rebond d'une séance ne suffisent pas à rétablir la confiance ; tant que l'application des règles n'a pas prouvé sa durabilité, l'Indonésie reste un risque de gouvernance qui plaide pour une exposition diversifiée aux marchés émergents et pour des gérants actifs attentifs au flottant et à la concentration de l'actionnariat.

Source : Indonesia gets 'wake-up call' as MSCI prepares to expel it from global indexes, Reuters, 15 octobre 2026; Indonesia battles to stabilise market after MSCI expulsion threat, Ankur Banerjee et Stefanno Sulaiman, Reuters, 20 octobre 2026

La demande d'introduction en bourse d'Anthropic révèle des revenus multipliés par 14 et des paris massifs sur la puissance de calcul

Anthropic, le développeur des modèles d'IA Claude, a rendu publique sa demande d'introduction en bourse aux États-Unis le 26 octobre 2026, en visant une cotation au Nasdaq sous le symbole ANT, qui pourrait intervenir d'ici le 25 novembre 2026. Les comptes audités font état d'un chiffre d'affaires de 13,6 milliards de dollars au premier semestre 2026, environ quatorze fois les 1,2 milliard enregistrés au premier semestre 2025, les cinq plus grands clients représentant environ un quart des ventes, pour la plupart dans le cadre de contrats à court terme.

La perte nette semestrielle affichée de près de 81 milliards de dollars reflète en grande partie un effet comptable : les obligations convertibles, détenues notamment par Amazon, sont comptabilisées comme des passifs qui augmentent avec la valorisation de l'entreprise. La perte d'exploitation s'est réduite à 693 millions de dollars, contre 2,1 milliards un an plus tôt, tandis que la puissance de calcul et les infrastructures associées ont absorbé près de 9 milliards. Anthropic a pris des engagements fermes d'environ 630 milliards de dollars pour de la capacité de calcul future, et des discussions sont en cours pour jusqu'à 170 milliards supplémentaires.

Les estimations de valorisation des investisseurs s'établissaient autour de 1 500 milliards de dollars le 26 octobre 2026, contre environ 2 000 milliards à la mi-octobre, mais bien au-dessus des 965 milliards de mai. À 2 000 milliards, l'opération dépasserait le record établi par SpaceX en juin 2026 et deviendrait la plus grande introduction en bourse de l'histoire. La gouvernance est atypique : cinq catégories d'actions laissent aux sept cofondateurs la majorité des droits de vote alors qu'ils ne détiendront qu'environ 10 % du capital après la cotation, tandis que les participations plus importantes d'Amazon et d'Alphabet sont privées de droit de vote et qu'un trust indépendant nomme la majorité du conseil d'administration.

Source : Starkes Wachstum und gewaltige Ausgaben bei Anthropic: Das KI-Unternehmen veröffentlicht seinen Antrag auf den Börsengang, NZZ, 26 octobre 2026

Lula décroche un quatrième mandat, les marchés brésiliens craignent un dérapage budgétaire

Luiz Inácio Lula da Silva a remporté le second tour de l'élection présidentielle brésilienne le 25 octobre 2026, devançant le candidat de droite Flávio Bolsonaro de plus de quatre millions de voix après avoir accusé un retard de deux millions au premier tour du 4 octobre, un renversement sans précédent dans une présidentielle brésilienne. Une participation accrue des abstentionnistes du premier tour et une campagne numérique remaniée ont permis cette remontée. Bolsonaro a refusé de reconnaître sa défaite et annoncé un recours en justice, dont les chances paraissent toutefois minces.

Lula, qui prendra ses fonctions le 5 janvier 2027, devra composer avec un Congrès et de nombreux États dominés par l'opposition, qui disposera de suffisamment de voix pour passer outre les vetos présidentiels. Son dilemme économique est aigu : des promesses de campagne en matière de dépenses sociales, d'allègements fiscaux et d'effacement de dettes d'environ 60 milliards de dollars se heurtent à un déficit budgétaire croissant et à une dette publique en hausse. Avec un taux directeur proche de 14 %, les doutes sur la soutenabilité des finances publiques limitent la marge de la banque centrale pour poursuivre l'assouplissement. Les marchés ont réagi vivement : les actions brésiliennes ont reculé, tandis que le dollar et les taux longs ont grimpé.

Source : Lula gewinnt zum vierten Mal die Präsidentschaftswahl in Brasilien – doch sein Gegner Bolsonaro will das Ergebnis annullieren lassen, NZZ, 26 octobre 2026

La BCE maintient ses taux mais signale une hausse en décembre sous l'effet des coûts de l'énergie

La Banque centrale européenne a laissé ses taux directeurs inchangés le 29 octobre 2026, mais a signalé qu'une nouvelle hausse était probable lors de sa réunion du 17 décembre, invoquant des risques haussiers sur l'inflation liés à un nouveau bond des prix du pétrole et du gaz. Les membres du Conseil des gouverneurs ont discuté d'une hausse en octobre avant de choisir d'attendre davantage de données ; la BCE avait déjà relevé ses taux à deux reprises en 2026 pour empêcher le choc énergétique lié à la guerre en Iran de nourrir une inflation durable. Plus tôt dans la journée, la présidente Christine Lagarde avait annoncé son intention de quitter ses fonctions avant la fin de son mandat.

La hausse des coûts d'emprunt sur les marchés complique les perspectives. Selon des estimations internes de la BCE, la remontée des rendements obligataires amputerait la croissance d'environ un point de pourcentage et l'inflation de 0,9 point en cumulé sur 2027–28 par rapport aux projections de septembre, ce qui explique que les responsables envisageaient une pause après décembre. Fin octobre 2026, la France payait une prime d'environ 155 points de base sur l'Allemagne pour emprunter à 10 ans, la plus élevée depuis des décennies. Christine Lagarde a indiqué que la BCE dispose d'outils pour contrer des mouvements de marché désordonnés, mais a conditionné le soutien au titre de son instrument de protection de la transmission (TPI) au respect des règles budgétaires européennes. La plupart des économistes interrogés par Reuters n'anticipaient plus qu'une ou deux hausses dans ce cycle.

Source : ECB flags December hike but sees yield rise hitting growth, Reuters, 29 octobre 2026

La Fed maintient ses taux avant les élections de mi-mandat, deux responsables plaident pour une hausse

La Réserve fédérale a maintenu son taux directeur dans la fourchette de 3,75 %–4,00 % le 28 octobre 2026, une décision prise à 10 voix contre 2 qui reporte tout mouvement après les élections de mi-mandat américaines du 3 novembre. La gouverneure Lisa Cook, que le président Trump cherche à révoquer, et la présidente de la Fed de Cleveland, Beth Hammack, ont toutes deux voté en faveur d'une hausse d'un quart de point. Le communiqué a revu à la hausse l'appréciation de la croissance, jugée vigoureuse, et a estimé que l'inflation, environ un point de pourcentage au-dessus de l'objectif de 2 %, restait élevée.

Le président Kevin Warsh a fait valoir que les gains de productivité pourraient permettre une croissance plus rapide sans inflation tirée par la demande, et que la désinflation ne devait pas nécessairement se payer en emplois. Il a cité le resserrement des conditions de crédit et le repli boursier d'octobre comme des canaux qui freinent déjà l'activité, et a nié toute influence politique sur la décision. Le communiqué a néanmoins laissé entrevoir un nouveau resserrement, et plusieurs responsables craignent que les investissements liés à l'IA et la vigueur de la consommation n'élargissent les pressions sur les prix, alors que les prix du diesel et de l'essence restent élevés.

Au 29 octobre 2026, les contrats à terme intégraient une probabilité d'environ 80 % d'une hausse lors de la réunion des 8 et 9 décembre, une autre hausse étant attendue d'ici mars 2027. Les rendements des Treasuries à long terme ont poursuivi leur progression après la décision.

Source : Fed leaves rates unchanged as it awaits 'accumulation of more information', Reuters, 29 octobre 2026

Le piratage record de 6,3 milliards de dollars chez Binance remet le risque de conservation des cryptoactifs au premier plan

Binance, la plus grande plateforme d'échange de cryptomonnaies au monde, a révélé fin octobre 2026 que des pirates avaient compromis des actifs d'une valeur estimée à 6,3 milliards de dollars, le plus important vol de cryptoactifs jamais enregistré. Environ la moitié a été gelée ; la plateforme n'a donné aucun détail sur les 3,3 milliards restants, mais sa cofondatrice Yi He s'est engagée à couvrir toutes les pertes des clients, et les spécialistes n'ont pas jugé sa solvabilité menacée à court terme compte tenu d'un fonds d'urgence de 1,2 milliard de dollars. Les dépôts ont rapidement repris, tandis que les retraits ont été suspendus pendant 48 heures. La faille a été attribuée à l'ordinateur portable compromis d'un ingénieur logiciel, à partir duquel les attaquants ont atteint un conteneur de services et déclenché des retraits illicites.

Les analystes de la blockchain attribuent l'attaque à Trader Traitor, un groupe nord-coréen soutenu par l'État, également tenu pour responsable du vol de 1,5 milliard de dollars chez Bybit en février 2025. Les émetteurs de stablecoins Tether et Circle ont gelé respectivement environ 1,6 milliard et 0,8 milliard de dollars d'actifs concernés, un avantage des jetons gérés de manière centralisée par rapport au bitcoin. Le bitcoin a reculé de plus de 3 % à un plus bas de six semaines d'environ 76 400 dollars, l'ether est tombé à un plus bas de deux mois proche de 2 180 dollars, et le jeton BNB de Binance a perdu plus de 5 % en 24 heures. Binance compte 335 millions d'utilisateurs enregistrés et détient environ 160 milliards de dollars d'actifs de clients.

Le point de vue de La Côte Invest : pour les investisseurs en actifs numériques, le choix du dépositaire compte autant que celui de la cryptomonnaie ; une conservation ségréguée auprès d'un établissement suisse réglementé ou soumis à une surveillance comparable reste la norme prudente.

Source : Hacker lancieren bisher grössten Angriff auf Krypto-Börse Binance: Mehr als 6 Milliarden Dollar sind betroffen, NZZ, 30 octobre 2026

Les craintes sur les dépenses d'IA effacent plus de 2 000 milliards de dollars du Nasdaq 100

Plus de 2 000 milliards de dollars de capitalisation du Nasdaq 100 se sont évaporés en octobre 2026, l'indice cédant plus de 5,8 % entre le 1er et le 30 octobre, les résultats du troisième trimestre des grands groupes technologiques ayant accentué les doutes sur la rentabilité des investissements dans l'intelligence artificielle. Meta, Alphabet et Amazon ont une nouvelle fois relevé leurs prévisions d'investissement, au moment où la hausse des taux rend l'expansion financée par la dette plus coûteuse.

Alphabet a subi le 29 octobre la plus forte baisse en pourcentage sur une séance de son histoire, après des résultats décevants dans la publicité liée à la recherche et une forte hausse de sa consommation de trésorerie, tandis que le projet de Meta de lever un montant record de 97,5 milliards de dollars a ravivé les craintes de dilution. Microsoft et SpaceX se sont distingués, avec des résultats suggérant que les investissements dans l'IA commencent à porter leurs fruits ; Microsoft préparerait en outre une émission obligataire de 25 milliards de dollars, sa première émission américaine de qualité investissement depuis plus de neuf ans. L'inquiétude s'est étendue au marché du crédit, où le coût de l'assurance contre le défaut des émetteurs exposés à l'IA a augmenté. La demande sous-jacente est restée solide, avec une croissance en accélération chez Amazon Web Services et des perspectives optimistes chez Meta et Microsoft. J.P. Morgan estime les investissements mondiaux dans l'IA à 900 milliards de dollars pour 2026 et à 5 500 milliards d'ici 2030.

Le point de vue de La Côte Invest : le thème de l'IA passe d'un récit fondé sur la demande à un test d'efficacité du capital ; nous privilégions les entreprises dont les dépenses d'IA sont financées par les flux de trésorerie d'exploitation et visiblement monétisées, plutôt que celles qui dépendent de plus en plus des marchés de la dette.

Source : Nasdaq faces $2 trillion wipeout in October as AI spending fears deepen, Reuters, 30 octobre 2026

Le coût du fret transforme le choc pétrolier de la guerre en Iran en crise chronique

Huit mois après le début de la guerre en Iran, le marché pétrolier faisait face à une perturbation durable de l'offre plutôt qu'à un choc temporaire, le Brent se maintenant autour de 110 dollars le baril fin octobre 2026. Le fret est devenu un poste de coût majeur : envoyer un pétrolier à travers le Pacifique coûtait environ 60 millions de dollars selon Bloomberg, contre quelque 8 millions avant le conflit, et acheminer un baril d'Afrique vers l'Europe coûtait environ 22 dollars, plus de quatre fois le niveau d'avant la crise, selon l'Agence internationale de l'énergie. Les détours pour éviter le détroit d'Ormuz et la mer Rouge ainsi que les convois mobilisent bien plus de navires, rendant les bateaux aussi rares que leur cargaison. En conséquence, les exportations de brut américain vers l'Asie sont tombées à leur plus bas niveau depuis sept ans.

La consommation est restée élevée dans de nombreux pays industrialisés, car le déblocage de réserves stratégiques et les subventions aux carburants ont maintenu les prix sous le niveau nécessaire pour freiner la demande, tandis que les stocks diminuaient régulièrement. Une cargaison de diesel russe commandée pour faire baisser les prix des carburants aux États-Unis ne devait arriver qu'après les élections de mi-mandat du 3 novembre, et son volume était trop faible pour peser. Certains consommateurs s'adaptent : les voitures entièrement électriques ont atteint une part record de 36 % des nouvelles immatriculations en Suisse en septembre 2026, avec des volumes supérieurs d'environ 50 % à ceux de septembre 2025, sans aucune prime à l'achat.

Source : Trotz Preishoch für Benzin und Diesel: Die Ölkrise ist noch bedrohlicher, als es an der Zapfsäule aussieht, NZZ, 31 octobre 2026

Le point de vue de La Côte Invest — octobre 2026

Octobre 2026 a été le mois où les marchés ont commencé à évaluer les bilans plutôt que les récits. Un choc énergétique qui a duré bien plus longtemps que ne le prévoyaient les premières estimations a maintenu l'inflation au-dessus des objectifs, poussé la Fed, la BCE et même la Reserve Bank of India vers un nouveau resserrement, et porté les taux longs à des niveaux inédits depuis 2002. L'argent n'étant plus bon marché, les investisseurs ont commencé à faire le tri. La France a payé plus cher que l'Italie pour emprunter, les marchés brésiliens ont reculé après la réélection de Lula, faute de croire au financement de ses promesses de dépenses, l'Indonésie a été sanctionnée pour l'opacité de son actionnariat, et les plus grands groupes technologiques ont perdu de la valeur dès que leurs dépenses d'IA ont commencé à reposer sur les marchés de la dette plutôt que sur leurs flux de trésorerie.

La leçon commune est qu'un financement abondant ne masque plus la faiblesse des bilans, qu'ils soient souverains ou d'entreprises. Pour les portefeuilles, nous en tirons trois conclusions. Des rendements plus élevés rémunèrent à nouveau la détention d'obligations de haute qualité, de sorte que le revenu fixe peut assurer une part significative de la performance, avec une duration modérée tant que l'inflation reste tenace. La sélection d'actions doit privilégier les entreprises qui financent leur croissance par leurs propres bénéfices. Enfin, pour les investisseurs en francs, les émetteurs suisses et du cœur de l'Europe offrent de la stabilité à un moment où les marchés récompensent des finances publiques saines plutôt que des promesses de croissance.

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LCI Revue Mensuelle de Stratégie — septembre 2026